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En el invierno del año 2002, Espacio potencial estableció contacto -vía email- con el Dr. René Roussillon. Intercambiamos entonces algunas impresiones alrededor de los desarrollos teóricos de D. W. Winnicott. Más tarde, muy gentilmente, Roussillon nos hizo llegar algunos trabajos escritos por él y relacionados con aspectos fundamentales del pensamiento winnicottiano. A continuación publicamos uno de ellos, prologado por esta breve reseña.

 

  • Figures du Père: Le plaisir de la différence
    (Figuras del padre: el placer de la diferencia), por René Roussillon.

La paradoja del objeto en el narcisismo primario, trabajado en el cocepto de "Homosexualidad primaria", y la importancia de las figuras del padre para simbolizar una diferencia que sólo abre el deseo de una madre.

Roussillon nos comenta que, como se sabe, el padre y la madre tienen un rol gravitante en lo que hace a ejercer una función simbolizante para su hijo, pero esto sólo es posible -y verdaderamente efectivo- cuando dicha función se ejerce en necesaria interdependencia parental: "No hay función simbolizante de la madre si no está referenciada en el padre, según el lugar que ella ocupa en su sexualidad; ni función paterna simbólica sin referencia a la madre y al lugar que él ocupa en su deseo". A continuación, nos dice que los actuales trabajos relativos a la función paterna, oscilan: "Entre un pensamiento que ubica al padre desde un principio -en la relación madre-infans, pero defensivamente, es decir, contra la angustia y desarrollo de afectos del infans al enfrentarse con los enigmas de lo femenino y lo sexual precoz; y la posibilidad adquirida, gracias a las mediaciones paternas efectivas, de poder pensar, representar y superar la integración de la homosexualidad primaria".
En el marco del "narcisismo primario", Roussillon observa una paradoja en relación a la polémica respecto de si hay presencia o ausencia de un objeto en tal período: "En realidad, el término objeto (en el período asignado al Narcisismo primario) es ambiguo, pues condensa, al mismo tiempo, la noción de un objeto-otro y el de un objeto reconocido en su alteridad. (...) Todo conduce a la convicción de que estamos frente a una nueva paradoja: hay un objeto que se reconoce como 'otro', pero este objeto es, al mismo tiempo -si los ajustes afectivos y la adpatación son 'suficientemente buenos'-, investido por el infans como un 'doble' de sí mismo". A este investimento del objeto-doble, Roussillon le llama "homosexualidad primaria", y es en esta relación que la figura del padre ejercerá, con su presencia (alrededor del sexto mes del infans), una diferencia que el infans deberá simbolizar. "Cuando la relación homosexual primaria en "doble" está en sus albores, cuando empieza a constituirse, es decir, para fijar las ideas, entre el sexto y séptimo mes, es cuando el infans empieza a prestar mayor atención a los estados internos del objeto que es espejo de su propio mundo subjetivo. Las específicas emociones de la madre en relación a su partener sexual adulto, digamos, el padre, denuncian el lugar de su propia sexualidad adulta, van a "presentar" al infans a su padre como un otro, un extraño-familiar, un factor diferente de placer". Es así que el infans identifica -en rigor, es conducido por su madre a ello, en su identificación en "doble"-, al descubrimiento del padre como portador de una diferencia fundadora de una diferencia de placer, de un placer tomado en el otro, en lo diferente. De modo que este padre es el primer objeto "diferenciado" a partir del deseo de la madre.
Roussillon admite la importancia del concepto de "forclusión del nombre del padre", y se pregunta si hay algún momento privilegiado en cuanto a la inscripción del "padre simbólico": "seguramente, es deseable que la "presentación" del padre pueda tener lugar en el momento en que con más naturalidad podría tener su inscripción, es decir, antes que las defensas narcisistas estén demasiado estructuradas e intervengan para paliar los efectos anulados por una prolongada y exclusiva relación en "doble". Se insiste, en este sentido para la función simbolizante del padre -afirma Roussillon-, en la figura del padre muerto. Hay en este tramo del texto una articulación a los desarrollos winnicottianos respecto de la agresión: "Si el padre imaginario debe morir, en beneficio del padre simbólico, el mediador privilegiado para esta asunción, es la "supervivencia" aportada por el padre real, el padre de lo cotidiano".
Finalmente, Roussillon analiza, en este artículo, la inscripción social, es decir, la posibilidad de establecer lazos sociales por parte del sujeto, a la luz de los conceptos anteriormente vertidos en cuanto a los efectos de la función del padre.

(Atendiendo a nuestra política editorial, en tanto no se pueda establecer una conformidad de la traducción con el autor del trabajo a publicar, se lo hará en su idioma original)

 

Figures du Père:

Le plaisir de la différence

René Roussillon

Père et mère.
Le père a connu ses heures de gloire dans l'analyse des conditions de la fonction symbolisante. Mais cette prédominance masquait mal une ambiguïté que l'évolution de la pensée a petit à petit permis de dégager. D'un côté le primat reconnu de la position paternell
insistait à juste titre sur l'importance de celui-ci dans l'acquisition et l'utilisation de la symbolisation, alors que, d'un autre côté, sans toujours le reconnaître, la théorie psychanalytique, la théorie vulgarisée, la manière dont la théorie opérait dans l'idéologie des groupes sociaux, ne mettaient en avant le père que pour mieux tenter de conjurer la terrifiante imago maternelle des origines, qu'elle cachait pudiquement derrière l'analyse des auto-érotismes.
Cependant sous la protection de la prédominance théorique et idéologique du père et grâce aux étayages ainsi obtenus, l'on a pu néanmoins commencer à approcher le mystère de la maternité et aller au-delà des craintes et tabous de ce que sa fantasmatique mobilisaient, pour commencer à s'aventurer dans une observation qui allait petit à petit révolutionner, au moins en partie, notre conception des premiers temps du développement de la psyché.
La " découverte " des vertus du mode de la présence maternelle, articulée au désir de celle-ci pour le père, a quelque peu estompée ensuite la prédominance de ce que Freud, tardivement encore, appelait le " complexe paternel ". Le père restait référentiel, mais il était maintenant défini à partir du désir de la mère, au fond déterminant, sans avoir conquis son autonomie propre. La profusion des travaux concernant le développement précoce, ses accordages et ajustements émotionnels, n'a fait que confirmer la tendance, le père est souvent alors passé au second plan, réduit, tout au plus, à incarner une fonction séparatrice au sein de la dyade, de la " symbiose " primitive ou à servir d'environnement facilitant pour la mère.
L'histoire de la pensée, l'histoire de la théorisation rejoignait ainsi l'histoire du processus de nombreuses cures, qui commencent par mettre au présent du transfert interprétable ce qui peut concerner les modes de séduction par le père (1), pour pouvoir, grâce aux bénéfices obtenus par l'épuration analytique de la fonction paternelle médiatrice, ensuite aventurer l'analyse dans les soubassements de l'héritage psychique de l'homosexualité primaire, construite en relation avec la mère des origines. Pour penser le maternel et les énigmes qui le constituent, sans le désexualiser comme le font souvent les observations naturalistes, il faut de solides amarrages paternels, faute de quoi la pensée risque de sombrer dans la béance, le gouffre, les abysses sans fonds, de l'impensable du manque.
Entre une pensée qui met le père en avant mais défensivement contre la rencontre des effets de la détresse infantile face aux énigmes du féminin et du sexuel précoce, et la possibilité conquise, grâce aux médiations paternelles effectives, de penser, représenter, et dépasser en l'intégrant l'homosexualité primaire, peut se mesurer l'enjeu des travaux actuels, renouvelés, sur le père et la paternité.
Ils doivent viser d'une part à rétablir l'importance du père réel, du père effectif, dans le sens de la réévaluation générale du poids des réalités historiques que la clinique moderne impose et reconnaît de plus en plus. Winnicott ne soulignait-il pas, il y a quelques années, que seuls les psychanalystes semblaient ne pas avoir pris conscience que l'alcoolisme du père, par exemple, pouvait avoir un effet désorganisateur sur la psyché de l'enfant. L'on n'en est plus là, heureusement, mais la figure magistrale de la catégorie du " père symbolique " continue d'estomper souvent la prise en compte concrète de la réalité du père, de sa réalité singulière spécifique.
Mais comment d'autre part évaluer celle-ci, cependant, sans les linéaments d'une théorie psychanalytique des enjeux que sa fonction engage, comment mesurer l'impact concret de ses particularités, sans référer celle-ci aux problématiques organisatrices fondamentales de la psyché, au jeu des différences constitutif de l'identité humaine. Celui-ci conduit à ne pas tomber dans le piége des rôles sociaux, dans le piége d'un couple parental pensé indépendamment de son ancrage dans la sexualité qui le fonde et fonde son origine, et dans son rapport à la sexualité adulte alors soigneusement différenciée de la sexualité infantile. Pas de mère effective, pensable, sans sexualité adulte, sans conflit entre sexualité adulte et sexualité infantile, donc pas de mère pensable sans père, sans homme,. Et pas non plus, bien sûr, de père pensable indépendamment des mêmes critères, pas de père pensable sans mère, sans rapport au féminin, au sexuel féminin adulte et infantile. Père et mères symboliques ou imaginaires font couple, d'abord, avant tout, de fondement, c'est dans leur rencontre et leur articulation à la question du sexuel que la symbolisation prend son sens. Il n'y a pas de fonction symbolisante de la mère sans référence au père et à sa place dans la sexualité de celle-ci, pas de fonction paternelle symbolique, sans référence à la mère et à la place que la femme occupe dans son désir.
Si la mère est rencontrée en premier, elle n'est pensable comme mère qu'en référence au père, que par le détour de la découverte et de la représentation du père. Penser le père avec la mère, en fonction de celle-ci, c'est rencontrer la place du père dans la construction de la différence, c'est penser comment l'étranger peut prendre une autre figure que celle de l'intrus, comment l'inquiétant, l'inquiétant familier, peut introduire à la découverte du plaisir de la différence, peut " transitionnaliser " la découverte de la différence pour en faire une source de plaisir. Partons pour le détour.

Le père à l'origine, le plaisir de la différence.
Les biologistes et éthologues nous l'enseignent, et l'expérience clinique ne cesse de le confirmer, le père symbolise la différence, il incarne l'accession à la différence comme fonction générative. Souvent la vie s'épargne le sexuel différencié, elle se reproduit dans la répétition du même, elle se clone, elle peut se reproduire sans différence, par simple duplication et division, hermaphrodisme. Elle n'a recours au sexuel différencié que quand elle a besoin d'introduire de la différence pour parfaire ses capacités adaptatives, que quand elle a besoin de pouvoir transférer ses acquis à des conditions nouvelles d'environnement. La différence introduit les écarts nécessaires aux déplacements, elle rend le transfert possible, le transfert innovant, créatif quand les conditions d'environnement menacent trop la survie de son organisation. Car la vie est narcissique, elle ne se donne la différence que pour mieux se prolonger, se maintenir et se conserver. Freud avait tôt perçu cette leçon essentielle de la biologie (2). La différence n'est " bonne " pour la vie que quand elle prend fonction d'incarner le détour nécessaire à sa conservation, tel pourrait être le paradoxe sous-jacent à l'émergence de la question de la paternité : introduire de la différence pour assurer l'identité, complexifier l'identité pour sa conservation, intégrer son négatif pour mieux s'assurer elle-même.
Dans l'ontogenèse le père réel est tôt découvert. Il peut être découvert dès la vie fœtale dans l'effet, sur le fœtus, des émois maternels en présence du père ; la vie d'âme commence déjà là, bien avant toute représentation, dans ces signes, déjà porteurs d'une première forme de sens, que sont les affects maternels et leurs effets biologiques sur son habitant interne.La mère sémaphorise le père, elle l'indique bien avant qu'il soit découvert, elle l'indique " avant-coup ", commence déjà à le présenter avant toute connaissance possible, comme l'hapteunomie le montre abondamment. Mais ce père " réel " n'est pas encore un facteur de symbolisation, il ne vaut que dans la différence qu'il introduit dans la mère, dans la vie émotionnelle de celle-ci, dans cette partie de la vie émotionnelle de la mère qui est marquée des traits de sa sexualité adulte. Le père n'est pas découvert alors, il est préfiguré par la sémaphorisation affective maternelle.
Après la naissance le père peut materner son enfant, les expériences " naturalistes " montrent qu'il ne s'y prend pas si mal, il peut être une autre mère, une mère légèrement autre, plus " au corps à corps " souvent que les mères elles-mêmes, plus " lanceur et récepteur de bébé " aussi, plus direct et plus dur dans le corps à corps, mais une mère au maternage suffisamment bon, aux ajustements et accordages convenables. Peut-être certains pères sont-ils plus aptes que d'autres, mais la variation dans les aptitudes maternelles connaît chez les mères, elles aussi, des écarts souvent assez considérables d'une mère à l'autre. On ne trouve pas là de différence significative, tout dépend de la qualité de l'attachement parental, des censures et sublimations mises en place face aux motions pulsionnelles du sexuel adulte (3), de l'organisation suffisamment secondarisée de celles-ci. Le père du maternage peut être utile, utile au père dans son lien à son enfant, utile à l'enfant comme substitut maternel, comme facteur de diversification du maternel, il n'engage pas la question du paternel, n'est pas significatif de celui-ci, le père aussi peut être un double, peut n'être qu'un double.
La différence apparaît plus tard, vers six mois, où, quelle que soit la proximité antérieure du père et de son enfant, quel que soit le parent le plus " maternant ", une différence significative est observable dans la capacité de la mère de prodiguer le réconfort au bébé. La mère devient " l'autre régulateur de soi ", selon l'expression de D Stern, et ceci de manière tout à fait privilégiée, le contact avec son corps rassure le bébé de manière élective, et ceci même si c'est le père qui a assuré l'essentiel du maternage antérieur. Face à cette relation le père redevient un étranger, un étranger plus familier que d'autres certes, mais un étranger tout de même, en tout cas dans toutes les situations angoissantes pour le bébé, il rassure moins bien que la mère biologique. C'est à cette époque que l'on a pu décrire certaines formes de l'angoisse de l'étranger, et même si les travaux de R Spitz ont du être pas mal nuancés depuis ses premières descriptions, des traces de ce qu'il appelle le " second organisateur " de la psyché des tout petit, semblent bien quand même toujours être repérables dans l'établissement du sentiment de sécurité de base. Ce privilège de la mère relève-t-il d'une programmation " génétique " ou d'un autre processus encore mal connu ? Témoigne-t-il d'une forme de réminiscence des paramètres essentiels de la vie intra-utérine ? Peu importe ici, retenons simplement le fait.
On a pu avancer que la mère commençait alors à être découverte comme objet-autre, comme ob-jet, objet-externe, comme mère, découverte dans son extériorité. Cette interprétation appelle beaucoup de prudence et de nuance. De nombreux travaux plaident pour la reconnaissance d'emblée présente d'un objet, d'une forme de différenciation précoce : il n'y a pas de stade " anobjectal " au sens d'une confusion moi/autre, d'une non-connaissance de l'autre. Celle-ci s'applique alors aussi bien à la mère qu'au père. Le concept de narcissisme primaire serait-il alors à réévaluer ? Sans doute, mais peut-être pas de la manière dont certains " observateurs " de la première enfance le prétendent.
En réalité le terme d'objet est ambigu, car il condense à la fois la notion d'un objet autre, d'un objet, et celle d'un objet reconnu dans son altérité. À cette première ambiguïté s'ajoute l'ambiguïté de la notion d'objet en psychanalyse versus la conception de l'objet en psychologie, en psychologie cognitive particulièrement. L'objet psychanalytique n'est tel que s'il est l'objet de la pulsion, pour la pulsion, il suppose un investissement libidinal spécifique, il ne se contente pas d'ex-ister, il commence à signifier.
Tout porte à croire que, c'est un nouveau paradoxe, s'il y a bien un objet reconnu comme " autre ", cet objet est en même temps, si les accordages affectifs et les ajustements sont suffisamment " bons ", investis comme un " double " de soi. Le narcissisme, en tant qu'il s'attache à traiter la diabolique question de l'identité, implique toujours le paradoxe. Un véritable " double " est un objet autre, il ne peut être un double que s'il est autre, que s'il est un autre " même ". Six mois marque l'accession à cet objet " double ", à la rencontre avec cet objet autre, mais double, à cette forme d'homosexualité primaire dans laquelle c'est l'autre comme même, comme miroir de soi, qui est investi. Le plaisir de la rencontre avec l'objet est issu les accordages et des ajustements réciproques, il dépend alors de l'organisation progressive de l'autre comme " miroir empathique " de soi, comme miroir chargé de soutenir l'identité de perception, selon la notion essentielle de Freud complétée ici par l'apport que Winnicott a proposé par la notion d'objet " trouvé-crée ". Dans ce sens, la notion de narcissisme conserve tout son sens, elle ne porte pas sur ce qui est observable de l'extérieur, elle concerne la tension subjective donnée par l'affect, la qualité subjective conférée à ce qui se produit dans la relation, le sens subjectif, interne de ce qui est observable du-dehors.
L'observation souligne la prise en compte, tôt repérable, de l'altérité, la clinique psychanalytique l'effort, le plaisir et la nécessité qu'il y a à reconnaître dans cet autre un autre soi-même, à construire une relation d'échange et de partage avec cet autre " double " de soi. Il y a ce qui se passe, ce que l'on peut observer " scientifiquement ", et il y a la manière dont ce qui se passe est " intériorisé ", signifié dans le monde interne, subjectivé. C'est sur cette dimension que la psychanalyse est pertinente, et que le concept de sexualité infantile prend tout son sens. Le concept de sexualité infantile précise la nature de la pulsion nécessaire au processus d'intériorisation, et les formes que prend ce processus, le sens subjectif qu'il acquiert dans ce processus même. Aussi bien, si les théoriciens de l'attachement mettent à juste tire l'accent sur les systèmes de communication et d'échanges qui se créent et constituent le lien d'attachement premier qui se manifeste dans le choix électif de la mère, la psychanalyse, après Winnicott, mettra, elle, l'accent sur la qualité subjective et le type d'érotique qui en accompagne l'intériorisation, elle soulignera le fond érotique sous-jacent à la fonction " miroir " de l'ensemble des réponses maternelles, elle soulignera l'identification à l'objet, l'identification qui surgit du lien homosexuel primaire -et de sa relative censure-, constitutif de l'attachement. À travers le partage d'affect et les ajustements qu'il implique, s'entretient l'illusion essentielle d'un trouvé/crée premier qui constitue l'objet autre comme double de soi, comme production d'un double de soi.
Ces quelques rappels étaient nécessaires à l'intelligibilité de mon propos, car c'est sur ce fond que la question du père, que la découverte du père comme principe de différence, va prendre forme et sens.
Quand la relation homosexuelle primaire en " double " bat son plein, quand elle a commencé à se construire, c'est-à-dire, pour fixer les idées, entre six et huit mois environ, quand donc l'enfant commence à prêter une véritable attention à la question des états internes de l'objet comme miroir de son propre monde subjectif, les émois spécifiques de la mère à l'égard de son partenaire sexuel adulte, disons le père, émois spécifiques qui inscrivent la place de sa sexualité adulte, vont " présenter " le père à l'enfant comme l'autre, l'étranger-familier, le différent facteur de plaisir. C'est le plaisir de la mère dans la rencontre avec cet étranger-là, ou la qualité de plaisir spécifique qu'elle éprouve et laisse ressentir à son enfant, qui ouvre la voie à un plaisir pris dans la rencontre avec la différence, là où ne régnait que le plaisir du même, que le plaisir de la production ou de la retrouvaille avec le même. C'est là le premier enjeu essentiel de la fonction du père, introduire au plaisir pris dans et par la différence, c'est aussi l'ouverture à la " capacité à être seul en présence de l'autre ", qui signe la capacité à commencer à dépasser la première relation en miroir.
Dès lors cet étranger ne signifie plus l'intrus, ne signifie plus le non-mère, le non-même, l'échec du double, l'échec du plaisir du double, il signifie l'ouverture au plaisir pris dans la rencontre avec la différence, la différence " bonne " à découvrir, bonne à intégrer. La capacité cognitive, tôt présente, d'investir la nouveauté, ce que l'on pourrait nommer alors la curiosité cognitive, s'intrique alors avec l'investissement libidinal de la différence, commence à se charger d'un sens dans l'économie sexuelle infantile, à venir se conflictualiser avec le plaisir du double, se conflictualiser et se dialectiser avec celui-là, comme l'une des formes de sa complexification. Le redoublement de l'autre ouvre le jeu de la différence dans le semblable et ouvre la question du rapport du semblable à lui-même.
C'est cette conjonction complexe, qui allie fonds de relation homosexuelle primaire, attrait sexuel spécifique de la mère pour son partenaire, attrait sensible à travers une qualité d'affect particulière, qui produit la figure du père comme signifiant du plaisir trouvé dans la différence.
Certes la mère prend plaisir avec son enfant, elle peut même prendre beaucoup de plaisir, mais les composantes de ce plaisir issues de sa sexualité adulte sont normalement en large partie refoulées, réprimées, déniées, au mieux sublimées. En présence de son partenaire sexuel adulte, par contre, il arrive inévitablement que la mère laisse s'exprimer les points de passion qui caractérisent la présence de ses désirs sexuels d'adulte. Ceux-ci agissent comme un retour du refoulé de ce que l'enfant sentait confusément déjà dans la relation à sa mère, de ce qui fonctionnait, à l'état limité, comme " signifiants énigmatiques ", selon le terme proposé par J Laplanche, comme points irréductibles à la relation en double, points de résistance et d'échappée. Censure de l'amante, selon la très belle formulation de M Fain, et levée de la censure de l'amante en présence du père, se conjuguent et s'articulent pour produire une conjoncture dans laquelle se dévoile et se perçoit la nature énigmatique du plaisir pris dans la différence.
L'enfant, identifié en large partie à sa mère, est ainsi " conduit " par elle, et par son identification en " double " avec elle, vers la découverte du père comme porteur d'une différence fondatrice d'un autre plaisir, d'un plaisir pris avec l'autre, dans la différence. En ce sens le père est le premier objet, le premier objet " différencié ", il est découvert comme le premier objet-autre, comme la première forme de la différence de l'autre, différence dialectisée à celle de la différence dans l'autre. Ce que Freud pressent quand il fait de l'identification au père originaire la première identification fondatrice, quand il fait du père le premier " objet ". En réalité, c'est dans le même mouvement que père et mère émergent du fond homosexuel primaire du temps précédent, qu'ils commencent à devenir représentables comme objets, c'est dans et par la rencontre avec leur relation sexuée d'adultes désirants qu'ils apparaissent comme autres-sujets et appellent à être reconnus comme tels, ce qui ne sera pas le moindre enjeu du développement de la crise Œdipienne (4) et de son issue dans la " capacité d'être seul face au couple "
Père symbolique et père imaginaire.
Si le père réel peut-être tôt rencontré, le père symbolique, le père dans sa fonction symboligène, émerge lui à ce moment-là, il se constitue à partir de sa place dans le sexuel maternel, désigné par celui-ci, instauré comme le signifiant du sexuel adulte, de la manière dont le sexuel marque la différence dans la génération, marque la générativité de la différence, la générativité du travail de la différence par le déplacement et le transfert.
Un tel schéma " typique " représente une épure, un modèle, il met en place les " ingrédients " nécessaires, les conditions de possibilités, pour qu'une " fonction paternelle symbolique ", transitionnalisée avec le sexuel et le jeu de la différence, émerge " naturellement " dans le processus de développement. Cependant si la clinique des pathologies du narcissisme montre assez que cette " typicité " recouvre assez largement une réalité cliniquement observable dans l'espace psychanalytique, elle montre surtout l'effet des avatars du narcissisme qui se mettent en place quand manque l'un ou l'autre des brins nécessaires à ce que se constitue le tressage de la trame symbolique.
L'une des questions historiquement posée par le concept Lacanien de forclusion, de " forclusion du nom du père ", est celle de savoir s'il existe un temps privilégié pendant lequel l'expérience de " présentation " du père symbolique peut avoir lieu, et si, passé ce délai, le père réel ne peut-être perçu que comme un autre " double " de la mère ou un intrus. La question est bien difficile.
D'un côté, l'idée d'une période favorable, entre six-huit mois, correspond à une réalité indéniablement observable, et de nombreux faits cliniques plaident pour le caractère difficilement réversible de ce qui a manqué à se structurer dans cette période cruciale pour l'organisation de la fonction symbolisante. D'un autre côté la clinique de l'enfant, mais aussi, dans une moindre mesure, la clinique de l'adulte met en évidence une plasticité organisationnelle qui ne peut être négligée. La forclusion n'est pas un état de fait, c'est un processus psychique lié aux caractéristiques de la première enfance, liée à l'intemporalité des processus de celle-ci, et donc un processus réversible sous certaines conditions, dans la vie mais plus sûrement encore dans les espaces thérapeutiques. Ce que l'on peut par contre avancer sans trop de risque d'erreur, c'est qu'il est sûrement souhaitable que la " présentation " du père puisse avoir lieu au moment où elle s'inscrit le plus naturellement dans le processus de maturation, c'est-à-dire avant que des défenses narcissiques ne soient trop nouées et ne se mettent en place pour pallier les effets dirimants du maintien trop prolongé de la seule relation en double, ou de l'échec de son évolution, qui ne tarde pas à révéler les impasses dont elle est porteuse. Plus les défenses narcissiques seront installées et plus il faudra commencer par les déconstruire pour retrouver l'accès aux moments féconds d'une présentation paternelle signifiante.
Poursuivons maintenant notre exploration des figures du père et de leur déploiement. Nous l'avons souligné le père est " découvert " quand il est présenté par la mère et le désir de celle-ci, c'est-à-dire aussi, nous l'avons indiqué au passage, quand se révèle et se lève du même coup, dans la relation au père, quelque chose de l'énigme du désir maternel qui infiltre d'emblée la relation de la mère à l'enfant. C'est au père réel qu'il revient de " traiter " ce reste inassimilable lié à l'impact de la sexualité de la femme sur la mère et le maternage. On peut dire que ce qui est en reste d'intégration dans la relation primitive à la mère va être " transféré " dans la relation au père, produisant, par sa liaison avec les particularités des réponses du père réel à cette tâche, à ce transfert, cette formation psychique que l'on appelle le père " imaginaire ". Réponses paternelles effectives aux mouvements psychiques de son enfant, prenant sens sur fond de la fonction symbolique conférée par sa place au sein de la problématique du plaisir de la différence, s'articulent alors dans des formations imaginaires " mixtes " qui sont spécifiques à chacun. C'est, la plupart du temps, avec elles que nos psychés se débattent, elles constituent l'essence du " complexe paternel " qui incarne notre rapport spécifique à la fonction symbolisante.
Le père imaginaire trouve sa première origine dans la reprise représentative de l'expérience subjective des expériences du narcissisme primaire en trouvée-crée, lorsque celui-ci à été battu en brèche par la rencontre avec la différence. Les expériences subjectives narcissiques primaires, ou plutôt les re-présentations de l'expérience narcissique maintenant " perdue ", se précipitent dans la production d'une représentation de l'idéal d'un autre-sujet qui peut " tout, tout de suite, tout seul et tout ensemble " : c'est celle que Freud met en scène dans la figure du " Père de la horde primitive ".
Le narcissisme primaire se réfugie donc dans cette figure du père " merveilleux ", merveilleux parce qu'héritier de l'enfant merveilleux du narcissisme primaire, héritier de l'émerveillement premier, parfois aussi parce qu'il " émerveille " la mère amoureuse. Ce père " idéal " devra être " tué " progressivement, fragment par fragment, tué et digéré, assimilé, pour que l'enfant puis l'adolescent accède à une représentation de soi différenciée et limitée, à une reprise interne individualisante, à une intégration narcissique.
On a beaucoup insisté, à une certaine époque, sur la figure du père mort, mort selon la Loi ajoutait-on souvent. On soulignait ainsi la nécessité d'un dépassement des coordonnées du narcissisme primaire, et l'accession au monde des limites, celles du père, celles de l'enfant, celles de tout humain, de l'introjection d'un " non " adressé à la tyrannie de la pulsion et de l'identité de perception, à la nécessité d'un " non " adressée aux formes extrêmes de la jouissance, à celles que l'imago maternelle première incarne. Ce qu'on n'a pas assez dit c'est que cette mort " symbolique ", cette mort à l'origine de l'instauration des capacités de symbolisation, à l'origine de l'accession à l'identité de pensée, résultait tout autant de l'acte meurtrier fondateur par l'enfant, que de la capacité du père réel à " survivre " à celui-ci, pour ouvrir au monde du plaisir, du simple plaisir, du plaisir de la différence, du plaisir dans la différence, c'est-à-dire à la fonction métaphorisante, au travail du déplacement. Si le père imaginaire doit " mourir " au nom du père symbolique, le médiateur privilégié de l'assomption de celui-ci est la " survivance " opposée par le père réel, par le père au quotidien, par la survivance du plaisir du père au quotidien. C'est là que la fonction du père réel trouve tout son sens, c'est là qu'elle se définit.
" Survivre " ici doit être entendu au sens que Winnicott propose de ce concept, c'est-à-dire celui du respect de l'impératif de maintenir le lien sans exercer de représailles, ni du côté de la rétorsion violente, ni du côté du retrait. Mais survivre n'implique pas de ne pas être " atteint ", au contraire, on ne peut survivre que si l'on est atteint et non détruit, atteint sans représailles excessives, sans effets excessifs. L'atteinte et sa marque témoignent de ce que les enjeux sont bien mis au présent de la relation, qu'ils sont présents " en vérité ", l'atteinte témoigne de la réalité de la transformation en cours, transformation de l'autre par l'atteinte de l'autre, transformation de soi par l'acte symbolique engagé, transformation du lien de soi à l'autre. Le père n'est réel que s'il accepte d'être atteint.
Mais l'atteinte n'est réelle que dans l'espace de la réalité psychique, ce qui n'est déjà pas rien, elle est atteinte " symbolique ", elle touche au vif de l'affect, interroge l'identification là ou elle rencontre la question de la séparation, de la différenciation. Si le père est celui grâce auquel l'on se différencie de la mère, il est aussi celui dont il faut aussi se différencier, il est aussi celui qui doit " survivre " au meurtre symbolique de l'idéal incarné dont il est porteur, pour que l'on puisse se différencier. L'importance de cette dialectique de la survivance est d'insister sur le meurtre engagé dans chaque transformation, sur le meurtre psychiquement effectif nécessaire à toute transformation vraie, meurtre du lien ancien et " survivance " du lien grâce à laquelle la relation peut se maintenir ou se retrouver, se reconstruire, autre.
Là encore le schéma est idéal, il donne une épure, un vecteur, il ne se réalise que rarement, quel père " survit " à l'idéalisation de l'enfance, quel père " survit " à la désidéalisation de l'enfance et de la latence, quel père " survit " au meurtre-critique de l'adolescence ? Si le père est facteur de limitation, s'il introduit, par sa place dans la sexualité maternelle, la limite qui disjoint sexuel infantile et sexuel adulte, il ne peut lui-même que se donner dans une limite, limite qui est aussi celle de la paternité, celle de l'identification constitutive de la paternité, limite qui témoigne du fait qu'il est aussi marqué du sceau des paramètres de sa sexualité adulte personnelle. On ne saurait être que père, on est d'autant plus père qu'on reste amant, qu'on évince les rivaux, qu'on peut aussi exclure les enfants, et ne pas " survivre " idéalement. Il suffit d'être suffisamment bon, et là plus qu'ailleurs le mieux est l'ennemi du bien, l'idéal reste infantile, s'y soumettre c'est rester pris dans les lois de l'enfance.
L'idéal imaginaire premier est en effet structuré de telle sorte qu'il ne permet pas qu'une " bonne " issue puisse être trouvé au sein de l'espace familial qu'il définit comme l'arène de son exercice. Quand le père réel survit néanmoins suffisamment au processus meurtrier-critique qu'il encoure inévitablement comme objet de transfert de l'idéal narcissique primaire et de ses scories et restes inaccomplis, non advenu à la représentation, il rend possible et nécessaire à l'enfant d'aller voir ailleurs.
" Aller voir ailleurs s'il y est " selon la formule consacrée, nécessité de déplacer sur la scène sociale, sur celle des groupes sociaux, ce qui est en reste d'instauration et d'appropriation de la fonction paternelle et de ses imaginaires associés. Les représailles minimums, la violence inévitable, celle sans laquelle l'enfant reste pris dans les rets de ce qu'il y a d'imaginaire dans l'exercice de la fonction symbolique, celle sans laquelle on n'accède pas à la réalité du père, est celle qui envoie chercher ailleurs, qui envoie travailler ailleurs, dans le groupe social, ce qui n'a pas été intégré dans la relation directe aux objets parentaux. Le groupe est l'objet présenté par le père réel, pour aller symboliser ailleurs, nécessairement, ce qui ne peut l'être au sein de l'univers familial.

Le père et le groupe social.
C'est l'impasse de l'absolutisme narcissique qui impose l'émergence du père, qui en appelle la place, c'est l'impasse de la désidéalisation complète du père qui appelle son transfert sur la scène sociale, qui impose son déplacement vers le dehors, qui est génératif de socialisation.
Le groupe, on le sait depuis l'ensemble des travaux de psychanalyse de groupe, en particulier ceux de l'école française sous la conduite de D Anzieu et R Kaës, mobilise, ou plutôt remobilise, la fantasmatique liée à l'imago maternelle archaïque. S'affronter au groupe social, s'intégrer dans celui-ci, tenter d'être soi face au groupe, c'est retrouver, autrement présentée, la confrontation avec un substitut de la mère de l'origine, avec l'ensemble des coordonnées de la problématique première du double, avec la détresse qu'elle tentait de pallier. Si la confrontation au groupe lui-même réactive les coordonnées de l'imago maternelle, la manière dont cette confrontation est gérée dépend, elle, en large partie, de ce qui a pu être introjecté de la relation avec le père et de la place de celui-ci dans l'univers social.
Aussi bien la rencontre avec le groupe, la rencontre de l'enfant et la rencontre de l'adolescent, est-elle le lieu privilégié où se mesure l'acquis de la relation au père, où se mesure ce qui a été introjecté de l'histoire de la triple rencontre avec le père réel, imaginaire et symbolique, de ce qui résiste et tient de ses introjections, de ce qui doit encore être élaboré pour être, au bout du compte, capable " d'être seul en face du groupe "(5) .
C'est pendant la période de latence, que " typiquement "(6) , les transactions groupales et leur organisation collective remettent en chantier l'acquis surmoïque issu de l'introjection des particularités de l'univers familial, de ce qui reste d'imaginaire local, idiosyncrasique, dans cette introjection, de ce qui résulte de la manière particulière dont le père réel a incarné sa fonction symboligène. La confrontation avec l'autre, avec le groupe des autres-mêmes, entraîne alors une série de transactions conscientes et inconscientes destinées à établissement de règles sociétales valables pour tous. Un travail d'épuration s'effectue, dont l'essence est l'extraction de ce qui, à travers la manière singulière dont chaque père réel a " survécu " effectivement à la dramatisation familiale de l'Œdipe, définit le Père et peut être instauré en règle au-delà des particularités de chacun.
Le surmoi doit se départiculariser, prendre la mesure d'une capacité suffisante de conformité pour l'intégration, pour apprendre à n'être qu'un parmi les autres. Le groupe de la latence interroge avant tout l'apprentissage de la conformité culturelle et surmoïque dans le traitement du rapport au groupe et de la fantasmatique narcissique et objectale qu'il implique. La singularité de chacun doit s'estomper derrière la conquête d'une identité et d'une affiliation groupale et déjà sociétale. Aussi bien, c'est sur la manière dont le père est lui-même intégré socialement dans le groupe de référence, que les appuis majeurs seront cherchés dans cette tâche. Comme toujours avant de pouvoir se montrer différent, s'assurer d'abord de sa capacité à être même, s'assurer de la fonction " double " de l'autre, s'assurer des bases de l'empathie, mettre en place le plus petit commun dénominateur qui affilie et permet la reconnaissance par l'autre soi-même.
Ce n'est que pendant l'adolescence, sur ce fond, et avec la question renouvelée du sexuel et du couple (7), renouvelée par un Œdipe rencontrant le groupe, se transférant sur lui, que la question de l'originalité et de la créativité face au groupe pourra être reprise de front.
Au début de l'adolescence, l'appui sur le groupe, l'introjection des acquis qui en résulte, rend possible une série d'affrontement avec le père, rend possible de " paraître seul en face du père " selon la formule de Freud (8). Celui qui " paraît seul en face du père ", se présente au nom de ses identifications groupales, au nom des conformités acquises avec le groupe. Il dénonce " face " au père l'abus du père, il dénonce face au père, et au nom de la loi du père, de la loi sociale, l'abus du père. Il y a toujours " abus " du père, que ce soit du père réel, du père symbolique ou de sa forme imaginaire, toujours abus du père lié aux points de passion de celui-ci, lié à la manière dont pointe, dans la relation manifeste qu'il entretient avec l'autre, la façon dont il exerce sa combinatoire personnelle de sexuel adulte et infantile, son articulation spécifique de la sexualité infantile au sein de la sexualité adulte, ses compromis de vie.
Là encore il faudra que le père réel " survive " pendant un temps, survive et s'explique.
Le père dit " démissionnaire " est celui qui ne survit pas, celui avec lequel on ne peut pas " s'expliquer ", celui qui se retire ou exerce des représailles violentes, physiquement ou symboliquement, contre toute tentative d'explication et de meurtre-critique. L'enjeu est ici que cette rencontre avec le père puisse creuser un écart suffisant avec ce qui, dans la conformité de groupe dans laquelle l'adolescent(e) reste pris, n'est qu'une nouvelle forme de l'imago maternelle archaïque, pour que l'adolescent(e) puisse alors, à son tour, " paraître seul(e) face au groupe ", condition de l'accès à une véritable " psychologie individuelle " (Freud 1921). Expliquons-nous à notre tour.
Quand l'adolescent(e) s'affronte à son père, il le fait " soutenu " fantasmatiquement par le groupe, et au-delà de celui-ci, par les formes de l'imago maternelle archaïque qui y sont encore transférées. L'affrontement a lieu au nom des manques du père à sa fonction parentale, au nom de ce qui du père porte la marque de ses passions adultes, ce que F Fornari a appelé le " mouvement révolutionnaire " de l'adolescence, dans lequel le père est interpellé au nom de la loi du père. Mais il puise son énergie dans une forme de l'idéal qui reste empreinte de ce qui est encore pris dans la gangue des identifications narcissiques premières relayées par le groupe des pairs.
L'enjeu symbolique de cet affrontement est donc de départager ce qui est bon à reconnaître des " solutions de vie " paternelles singulières, originales, qui lui sont spécifiques, ce qui l'individualise et signe sa créativité personnelle face aux aléas de son histoire, et ce qui signale l'échec de son assomption et de son dépassement de ces mêmes aléas. Générativité individuelle et scories du travail d'appropriation subjective tracent une ligne de départage qui spécifie la réalité d'une histoire de vie, celle qui constitue le père comme père réel au-delà de toute fonction paternelle imaginaire ou symbolique. Cependant, à l'arrière-plan fantasmatique de cette rencontre et de cette " explication " ou cette explicitation, ce qui engage de front la question de sa générativité, se profile toujours la question de la place du père dans le couple, dans son couple, du rapport singulier du père à la femme, et à ses différentes figures, amante, mère, épouse, c'est-à-dire ce qui spécifie le sexuel adulte dit " génital ", ce qui spécifie la réorganisation du sexuel sous le primat d'une sexualité comportant l'orgasme comme but pulsionnel potentiel, mais aussi marqué de la limite qui lui est inhérente. Le sexuel adulte idéal n'existe pas, par essence.
Le père se découvre alors comme homme, individu, au-delà de l'imaginaire des idéalisations et des dépréciations inhérentes aux figures emblématisées du Père. Il peut devenir " un père ", " mon père ", père réel et géniteur de soi, c'est-à-dire simple individu marqué du sceau du sexuel, et non plus représentant d'une catégorie conceptuelle à la hauteur de laquelle il n'a pu se hausser.
La fonction de ses " explications " à l'adolescence est de permettre une " psychodramatisation " agie, à travers les acteurs principaux, des rapports de l'individu au groupe. Si l'appui sur le groupe, le rapport au groupe, rapport alors intériorisé, est sous-jacent à la position de l'adolescent(e), c'est aussi lui qui s'affronte et se travaille à travers la confrontation à la présentation adolescente du père, c'est aussi ce qu'il comporte d'idéalisation infantile maintenue qui se remet en chantier, qui petit à petit peut trouver matière à être dépassé grâce aux modalités de la " survivance " paternelle. L'enjeu, on le pressent maintenant de plus en plus au fil de mon développement, tient alors dans l'éprouvé et la mesure de ce en quoi le père est " bon " à dépasser dans les aléas de ses solutions personnelles, et là où il ne peut être dépassé dans l'inévitable rencontre avec la limite de toute solution personnelle.
C'est en appui sur cette " découverte " et son acceptation, que l'adolescent dépasse la " métapsychologie " du père, qu'il peut accéder, alors, à la " psychologie individuelle ", qu'il peut à son tour, en identification sur les traits singuliers et les limites ainsi rencontrées, " paraître seul face au groupe " dépasser l'idéalisation et soutenir les particularités de ses solutions de vie propres, accéder à son tour à la capacité de soutenir le poids d'une sexualité adulte, individuelle, et individualisée, singulière, face aux groupes et à leur pression de conformité.
Tout sera alors en place pour qu'il puisse alors commencer à être père à son tour.

1 - Cf R. Roussillon, " Séduction et altérité interne ", Revue Française de Psychanalyse, N° , 199 , PUF.
2 - Sur ces points cf. B Cyrulnik, " La naissance du père " in " La naissance du sens ", Point, Seuil.
3 - Je préfère le couple sexualité infantile/sexualité adulte qui me paraît moins ambigu et plus heuristique métapsychologiquement, que le couple prégénital/génital, il y a une " prégénitalité " marquée du sceau des paramètres de la sexualité orgasmique de l'adulte, comme il y a une génitalité sous le primat des organisateurs de la sexualité infantile..
4 - Pour des compléments sur ces points cf. R Roussillon, " Le rôle charnière de l'angoisse de castration ", in Le mal être, Puf.
5 - CfRoussillon, 1999, " La capacité d'être seul face au groupe ", Rev Franç de Psychanl, PUF.
6 - CfRoussillon, 1995, " La départicularisation du surmoi à la latence ", In Privat et coll., Érés.
7 - Pour un développement de ces points, cf. R Roussillon, 2000, " Les enjeux de la symbolisation à l'adolescence " in Adolescence, N° spécial, Congrès de L'ISAP 1999.
8 - CfRoussillon, 1999, op cité.

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