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Père
et mère.
Le père a connu ses heures de gloire dans l'analyse
des conditions de la fonction symbolisante. Mais cette prédominance
masquait mal une ambiguïté que l'évolution
de la pensée a petit à petit permis de dégager.
D'un côté le primat reconnu de la position paternell
insistait à juste titre sur l'importance de celui-ci
dans l'acquisition et l'utilisation de la symbolisation, alors
que, d'un autre côté, sans toujours le reconnaître,
la théorie psychanalytique, la théorie vulgarisée,
la manière dont la théorie opérait dans
l'idéologie des groupes sociaux, ne mettaient en avant
le père que pour mieux tenter de conjurer la terrifiante
imago maternelle des origines, qu'elle cachait pudiquement
derrière l'analyse des auto-érotismes.
Cependant sous la protection de la prédominance théorique
et idéologique du père et grâce aux étayages
ainsi obtenus, l'on a pu néanmoins commencer à
approcher le mystère de la maternité et aller
au-delà des craintes et tabous de ce que sa fantasmatique
mobilisaient, pour commencer à s'aventurer dans une
observation qui allait petit à petit révolutionner,
au moins en partie, notre conception des premiers temps du
développement de la psyché.
La " découverte " des vertus du mode de la
présence maternelle, articulée au désir
de celle-ci pour le père, a quelque peu estompée
ensuite la prédominance de ce que Freud, tardivement
encore, appelait le " complexe paternel ". Le père
restait référentiel, mais il était maintenant
défini à partir du désir de la mère,
au fond déterminant, sans avoir conquis son autonomie
propre. La profusion des travaux concernant le développement
précoce, ses accordages et ajustements émotionnels,
n'a fait que confirmer la tendance, le père est souvent
alors passé au second plan, réduit, tout au
plus, à incarner une fonction séparatrice au
sein de la dyade, de la " symbiose " primitive ou
à servir d'environnement facilitant pour la mère.
L'histoire de la pensée, l'histoire de la théorisation
rejoignait ainsi l'histoire du processus de nombreuses cures,
qui commencent par mettre au présent du transfert interprétable
ce qui peut concerner les modes de séduction par le
père
(1), pour pouvoir, grâce aux bénéfices
obtenus par l'épuration analytique de la fonction paternelle
médiatrice, ensuite aventurer l'analyse dans les soubassements
de l'héritage psychique de l'homosexualité primaire,
construite en relation avec la mère des origines. Pour
penser le maternel et les énigmes qui le constituent,
sans le désexualiser comme le font souvent les observations
naturalistes, il faut de solides amarrages paternels, faute
de quoi la pensée risque de sombrer dans la béance,
le gouffre, les abysses sans fonds, de l'impensable du manque.
Entre une pensée qui met le père en avant mais
défensivement contre la rencontre des effets de la
détresse infantile face aux énigmes du féminin
et du sexuel précoce, et la possibilité conquise,
grâce aux médiations paternelles effectives,
de penser, représenter, et dépasser en l'intégrant
l'homosexualité primaire, peut se mesurer l'enjeu des
travaux actuels, renouvelés, sur le père et
la paternité.
Ils doivent viser d'une part à rétablir l'importance
du père réel, du père effectif, dans
le sens de la réévaluation générale
du poids des réalités historiques que la clinique
moderne impose et reconnaît de plus en plus. Winnicott
ne soulignait-il pas, il y a quelques années, que seuls
les psychanalystes semblaient ne pas avoir pris conscience
que l'alcoolisme du père, par exemple, pouvait avoir
un effet désorganisateur sur la psyché de l'enfant.
L'on n'en est plus là, heureusement, mais la figure
magistrale de la catégorie du " père symbolique
" continue d'estomper souvent la prise en compte concrète
de la réalité du père, de sa réalité
singulière spécifique.
Mais comment d'autre part évaluer celle-ci, cependant,
sans les linéaments d'une théorie psychanalytique
des enjeux que sa fonction engage, comment mesurer l'impact
concret de ses particularités, sans référer
celle-ci aux problématiques organisatrices fondamentales
de la psyché, au jeu des différences constitutif
de l'identité humaine. Celui-ci conduit à ne
pas tomber dans le piége des rôles sociaux, dans
le piége d'un couple parental pensé indépendamment
de son ancrage dans la sexualité qui le fonde et fonde
son origine, et dans son rapport à la sexualité
adulte alors soigneusement différenciée de la
sexualité infantile. Pas de mère effective,
pensable, sans sexualité adulte, sans conflit entre
sexualité adulte et sexualité infantile, donc
pas de mère pensable sans père, sans homme,.
Et pas non plus, bien sûr, de père pensable indépendamment
des mêmes critères, pas de père pensable
sans mère, sans rapport au féminin, au sexuel
féminin adulte et infantile. Père et mères
symboliques ou imaginaires font couple, d'abord, avant tout,
de fondement, c'est dans leur rencontre et leur articulation
à la question du sexuel que la symbolisation prend
son sens. Il n'y a pas de fonction symbolisante de la mère
sans référence au père et à sa
place dans la sexualité de celle-ci, pas de fonction
paternelle symbolique, sans référence à
la mère et à la place que la femme occupe dans
son désir.
Si la mère est rencontrée en premier, elle n'est
pensable comme mère qu'en référence au
père, que par le détour de la découverte
et de la représentation du père. Penser le père
avec la mère, en fonction de celle-ci, c'est rencontrer
la place du père dans la construction de la différence,
c'est penser comment l'étranger peut prendre une autre
figure que celle de l'intrus, comment l'inquiétant,
l'inquiétant familier, peut introduire à la
découverte du plaisir de la différence, peut
" transitionnaliser " la découverte de la
différence pour en faire une source de plaisir. Partons
pour le détour.
Le
père à l'origine, le plaisir de la différence.
Les biologistes et éthologues nous l'enseignent, et
l'expérience clinique ne cesse de le confirmer, le
père symbolise la différence, il incarne l'accession
à la différence comme fonction générative.
Souvent la vie s'épargne le sexuel différencié,
elle se reproduit dans la répétition du même,
elle se clone, elle peut se reproduire sans différence,
par simple duplication et division, hermaphrodisme. Elle n'a
recours au sexuel différencié que quand elle
a besoin d'introduire de la différence pour parfaire
ses capacités adaptatives, que quand elle a besoin
de pouvoir transférer ses acquis à des conditions
nouvelles d'environnement. La différence introduit
les écarts nécessaires aux déplacements,
elle rend le transfert possible, le transfert innovant, créatif
quand les conditions d'environnement menacent trop la survie
de son organisation. Car la vie est narcissique, elle ne se
donne la différence que pour mieux se prolonger, se
maintenir et se conserver. Freud avait tôt perçu
cette leçon essentielle de la biologie
(2). La différence n'est " bonne "
pour la vie que quand elle prend fonction d'incarner le détour
nécessaire à sa conservation, tel pourrait être
le paradoxe sous-jacent à l'émergence de la
question de la paternité : introduire de la différence
pour assurer l'identité, complexifier l'identité
pour sa conservation, intégrer son négatif pour
mieux s'assurer elle-même.
Dans l'ontogenèse le père réel est tôt
découvert. Il peut être découvert dès
la vie ftale dans l'effet, sur le ftus, des émois
maternels en présence du père ; la vie d'âme
commence déjà là, bien avant toute représentation,
dans ces signes, déjà porteurs d'une première
forme de sens, que sont les affects maternels et leurs effets
biologiques sur son habitant interne.La mère sémaphorise
le père, elle l'indique bien avant qu'il soit découvert,
elle l'indique " avant-coup ", commence déjà
à le présenter avant toute connaissance possible,
comme l'hapteunomie le montre abondamment. Mais ce père
" réel " n'est pas encore un facteur de symbolisation,
il ne vaut que dans la différence qu'il introduit dans
la mère, dans la vie émotionnelle de celle-ci,
dans cette partie de la vie émotionnelle de la mère
qui est marquée des traits de sa sexualité adulte.
Le père n'est pas découvert alors, il est préfiguré
par la sémaphorisation affective maternelle.
Après la naissance le père peut materner son
enfant, les expériences " naturalistes "
montrent qu'il ne s'y prend pas si mal, il peut être
une autre mère, une mère légèrement
autre, plus " au corps à corps " souvent
que les mères elles-mêmes, plus " lanceur
et récepteur de bébé " aussi, plus
direct et plus dur dans le corps à corps, mais une
mère au maternage suffisamment bon, aux ajustements
et accordages convenables. Peut-être certains pères
sont-ils plus aptes que d'autres, mais la variation dans les
aptitudes maternelles connaît chez les mères,
elles aussi, des écarts souvent assez considérables
d'une mère à l'autre. On ne trouve pas là
de différence significative, tout dépend de
la qualité de l'attachement parental, des censures
et sublimations mises en place face aux motions pulsionnelles
du sexuel adulte
(3), de l'organisation suffisamment secondarisée
de celles-ci. Le père du maternage peut être
utile, utile au père dans son lien à son enfant,
utile à l'enfant comme substitut maternel, comme facteur
de diversification du maternel, il n'engage pas la question
du paternel, n'est pas significatif de celui-ci, le père
aussi peut être un double, peut n'être qu'un double.
La différence apparaît plus tard, vers six mois,
où, quelle que soit la proximité antérieure
du père et de son enfant, quel que soit le parent le
plus " maternant ", une différence significative
est observable dans la capacité de la mère de
prodiguer le réconfort au bébé. La mère
devient " l'autre régulateur de soi ", selon
l'expression de D Stern, et ceci de manière tout à
fait privilégiée, le contact avec son corps
rassure le bébé de manière élective,
et ceci même si c'est le père qui a assuré
l'essentiel du maternage antérieur. Face à cette
relation le père redevient un étranger, un étranger
plus familier que d'autres certes, mais un étranger
tout de même, en tout cas dans toutes les situations
angoissantes pour le bébé, il rassure moins
bien que la mère biologique. C'est à cette époque
que l'on a pu décrire certaines formes de l'angoisse
de l'étranger, et même si les travaux de R Spitz
ont du être pas mal nuancés depuis ses premières
descriptions, des traces de ce qu'il appelle le " second
organisateur " de la psyché des tout petit, semblent
bien quand même toujours être repérables
dans l'établissement du sentiment de sécurité
de base. Ce privilège de la mère relève-t-il
d'une programmation " génétique "
ou d'un autre processus encore mal connu ? Témoigne-t-il
d'une forme de réminiscence des paramètres essentiels
de la vie intra-utérine ? Peu importe ici, retenons
simplement le fait.
On a pu avancer que la mère commençait alors
à être découverte comme objet-autre, comme
ob-jet, objet-externe, comme mère, découverte
dans son extériorité. Cette interprétation
appelle beaucoup de prudence et de nuance. De nombreux travaux
plaident pour la reconnaissance d'emblée présente
d'un objet, d'une forme de différenciation précoce
: il n'y a pas de stade " anobjectal " au sens d'une
confusion moi/autre, d'une non-connaissance de l'autre. Celle-ci
s'applique alors aussi bien à la mère qu'au
père. Le concept de narcissisme primaire serait-il
alors à réévaluer ? Sans doute, mais
peut-être pas de la manière dont certains "
observateurs " de la première enfance le prétendent.
En réalité le terme d'objet est ambigu, car
il condense à la fois la notion d'un objet autre, d'un
objet, et celle d'un objet reconnu dans son altérité.
À cette première ambiguïté s'ajoute
l'ambiguïté de la notion d'objet en psychanalyse
versus la conception de l'objet en psychologie, en psychologie
cognitive particulièrement. L'objet psychanalytique
n'est tel que s'il est l'objet de la pulsion, pour la pulsion,
il suppose un investissement libidinal spécifique,
il ne se contente pas d'ex-ister, il commence à signifier.
Tout porte à croire que, c'est un nouveau paradoxe,
s'il y a bien un objet reconnu comme " autre ",
cet objet est en même temps, si les accordages affectifs
et les ajustements sont suffisamment " bons ", investis
comme un " double " de soi. Le narcissisme, en tant
qu'il s'attache à traiter la diabolique question de
l'identité, implique toujours le paradoxe. Un véritable
" double " est un objet autre, il ne peut être
un double que s'il est autre, que s'il est un autre "
même ". Six mois marque l'accession à cet
objet " double ", à la rencontre avec cet
objet autre, mais double, à cette forme d'homosexualité
primaire dans laquelle c'est l'autre comme même, comme
miroir de soi, qui est investi. Le plaisir de la rencontre
avec l'objet est issu les accordages et des ajustements réciproques,
il dépend alors de l'organisation progressive de l'autre
comme " miroir empathique " de soi, comme miroir
chargé de soutenir l'identité de perception,
selon la notion essentielle de Freud complétée
ici par l'apport que Winnicott a proposé par la notion
d'objet " trouvé-crée ". Dans ce sens,
la notion de narcissisme conserve tout son sens, elle ne porte
pas sur ce qui est observable de l'extérieur, elle
concerne la tension subjective donnée par l'affect,
la qualité subjective conférée à
ce qui se produit dans la relation, le sens subjectif, interne
de ce qui est observable du-dehors.
L'observation souligne la prise en compte, tôt repérable,
de l'altérité, la clinique psychanalytique l'effort,
le plaisir et la nécessité qu'il y a à
reconnaître dans cet autre un autre soi-même,
à construire une relation d'échange et de partage
avec cet autre " double " de soi. Il y a ce qui
se passe, ce que l'on peut observer " scientifiquement
", et il y a la manière dont ce qui se passe est
" intériorisé ", signifié dans
le monde interne, subjectivé. C'est sur cette dimension
que la psychanalyse est pertinente, et que le concept de sexualité
infantile prend tout son sens. Le concept de sexualité
infantile précise la nature de la pulsion nécessaire
au processus d'intériorisation, et les formes que prend
ce processus, le sens subjectif qu'il acquiert dans ce processus
même. Aussi bien, si les théoriciens de l'attachement
mettent à juste tire l'accent sur les systèmes
de communication et d'échanges qui se créent
et constituent le lien d'attachement premier qui se manifeste
dans le choix électif de la mère, la psychanalyse,
après Winnicott, mettra, elle, l'accent sur la qualité
subjective et le type d'érotique qui en accompagne
l'intériorisation, elle soulignera le fond érotique
sous-jacent à la fonction " miroir " de l'ensemble
des réponses maternelles, elle soulignera l'identification
à l'objet, l'identification qui surgit du lien homosexuel
primaire -et de sa relative censure-, constitutif de l'attachement.
À travers le partage d'affect et les ajustements qu'il
implique, s'entretient l'illusion essentielle d'un trouvé/crée
premier qui constitue l'objet autre comme double de soi, comme
production d'un double de soi.
Ces quelques rappels étaient nécessaires à
l'intelligibilité de mon propos, car c'est sur ce fond
que la question du père, que la découverte du
père comme principe de différence, va prendre
forme et sens.
Quand la relation homosexuelle primaire en " double "
bat son plein, quand elle a commencé à se construire,
c'est-à-dire, pour fixer les idées, entre six
et huit mois environ, quand donc l'enfant commence à
prêter une véritable attention à la question
des états internes de l'objet comme miroir de son propre
monde subjectif, les émois spécifiques de la
mère à l'égard de son partenaire sexuel
adulte, disons le père, émois spécifiques
qui inscrivent la place de sa sexualité adulte, vont
" présenter " le père à l'enfant
comme l'autre, l'étranger-familier, le différent
facteur de plaisir. C'est le plaisir de la mère dans
la rencontre avec cet étranger-là, ou la qualité
de plaisir spécifique qu'elle éprouve et laisse
ressentir à son enfant, qui ouvre la voie à
un plaisir pris dans la rencontre avec la différence,
là où ne régnait que le plaisir du même,
que le plaisir de la production ou de la retrouvaille avec
le même. C'est là le premier enjeu essentiel
de la fonction du père, introduire au plaisir pris
dans et par la différence, c'est aussi l'ouverture
à la " capacité à être seul
en présence de l'autre ", qui signe la capacité
à commencer à dépasser la première
relation en miroir.
Dès lors cet étranger ne signifie plus l'intrus,
ne signifie plus le non-mère, le non-même, l'échec
du double, l'échec du plaisir du double, il signifie
l'ouverture au plaisir pris dans la rencontre avec la différence,
la différence " bonne " à découvrir,
bonne à intégrer. La capacité cognitive,
tôt présente, d'investir la nouveauté,
ce que l'on pourrait nommer alors la curiosité cognitive,
s'intrique alors avec l'investissement libidinal de la différence,
commence à se charger d'un sens dans l'économie
sexuelle infantile, à venir se conflictualiser avec
le plaisir du double, se conflictualiser et se dialectiser
avec celui-là, comme l'une des formes de sa complexification.
Le redoublement de l'autre ouvre le jeu de la différence
dans le semblable et ouvre la question du rapport du semblable
à lui-même.
C'est cette conjonction complexe, qui allie fonds de relation
homosexuelle primaire, attrait sexuel spécifique de
la mère pour son partenaire, attrait sensible à
travers une qualité d'affect particulière, qui
produit la figure du père comme signifiant du plaisir
trouvé dans la différence.
Certes la mère prend plaisir avec son enfant, elle
peut même prendre beaucoup de plaisir, mais les composantes
de ce plaisir issues de sa sexualité adulte sont normalement
en large partie refoulées, réprimées,
déniées, au mieux sublimées. En présence
de son partenaire sexuel adulte, par contre, il arrive inévitablement
que la mère laisse s'exprimer les points de passion
qui caractérisent la présence de ses désirs
sexuels d'adulte. Ceux-ci agissent comme un retour du refoulé
de ce que l'enfant sentait confusément déjà
dans la relation à sa mère, de ce qui fonctionnait,
à l'état limité, comme " signifiants
énigmatiques ", selon le terme proposé
par J Laplanche, comme points irréductibles à
la relation en double, points de résistance et d'échappée.
Censure de l'amante, selon la très belle formulation
de M Fain, et levée de la censure de l'amante en présence
du père, se conjuguent et s'articulent pour produire
une conjoncture dans laquelle se dévoile et se perçoit
la nature énigmatique du plaisir pris dans la différence.
L'enfant, identifié en large partie à sa mère,
est ainsi " conduit " par elle, et par son identification
en " double " avec elle, vers la découverte
du père comme porteur d'une différence fondatrice
d'un autre plaisir, d'un plaisir pris avec l'autre, dans la
différence. En ce sens le père est le premier
objet, le premier objet " différencié ",
il est découvert comme le premier objet-autre, comme
la première forme de la différence de l'autre,
différence dialectisée à celle de la
différence dans l'autre. Ce que Freud pressent quand
il fait de l'identification au père originaire la première
identification fondatrice, quand il fait du père le
premier " objet ". En réalité, c'est
dans le même mouvement que père et mère
émergent du fond homosexuel primaire du temps précédent,
qu'ils commencent à devenir représentables comme
objets, c'est dans et par la rencontre avec leur relation
sexuée d'adultes désirants qu'ils apparaissent
comme autres-sujets et appellent à être reconnus
comme tels, ce qui ne sera pas le moindre enjeu du développement
de la crise dipienne (4)
et de son issue dans la " capacité d'être
seul face au couple "
Père symbolique et père imaginaire.
Si le père réel peut-être tôt rencontré,
le père symbolique, le père dans sa fonction
symboligène, émerge lui à ce moment-là,
il se constitue à partir de sa place dans le sexuel
maternel, désigné par celui-ci, instauré
comme le signifiant du sexuel adulte, de la manière
dont le sexuel marque la différence dans la génération,
marque la générativité de la différence,
la générativité du travail de la différence
par le déplacement et le transfert.
Un tel schéma " typique " représente
une épure, un modèle, il met en place les "
ingrédients " nécessaires, les conditions
de possibilités, pour qu'une " fonction paternelle
symbolique ", transitionnalisée avec le sexuel
et le jeu de la différence, émerge " naturellement
" dans le processus de développement. Cependant
si la clinique des pathologies du narcissisme montre assez
que cette " typicité " recouvre assez largement
une réalité cliniquement observable dans l'espace
psychanalytique, elle montre surtout l'effet des avatars du
narcissisme qui se mettent en place quand manque l'un ou l'autre
des brins nécessaires à ce que se constitue
le tressage de la trame symbolique.
L'une des questions historiquement posée par le concept
Lacanien de forclusion, de " forclusion du nom du père
", est celle de savoir s'il existe un temps privilégié
pendant lequel l'expérience de " présentation
" du père symbolique peut avoir lieu, et si, passé
ce délai, le père réel ne peut-être
perçu que comme un autre " double " de la
mère ou un intrus. La question est bien difficile.
D'un côté, l'idée d'une période
favorable, entre six-huit mois, correspond à une réalité
indéniablement observable, et de nombreux faits cliniques
plaident pour le caractère difficilement réversible
de ce qui a manqué à se structurer dans cette
période cruciale pour l'organisation de la fonction
symbolisante. D'un autre côté la clinique de
l'enfant, mais aussi, dans une moindre mesure, la clinique
de l'adulte met en évidence une plasticité organisationnelle
qui ne peut être négligée. La forclusion
n'est pas un état de fait, c'est un processus psychique
lié aux caractéristiques de la première
enfance, liée à l'intemporalité des processus
de celle-ci, et donc un processus réversible sous certaines
conditions, dans la vie mais plus sûrement encore dans
les espaces thérapeutiques. Ce que l'on peut par contre
avancer sans trop de risque d'erreur, c'est qu'il est sûrement
souhaitable que la " présentation " du père
puisse avoir lieu au moment où elle s'inscrit le plus
naturellement dans le processus de maturation, c'est-à-dire
avant que des défenses narcissiques ne soient trop
nouées et ne se mettent en place pour pallier les effets
dirimants du maintien trop prolongé de la seule relation
en double, ou de l'échec de son évolution, qui
ne tarde pas à révéler les impasses dont
elle est porteuse. Plus les défenses narcissiques seront
installées et plus il faudra commencer par les déconstruire
pour retrouver l'accès aux moments féconds d'une
présentation paternelle signifiante.
Poursuivons maintenant notre exploration des figures du père
et de leur déploiement. Nous l'avons souligné
le père est " découvert " quand il
est présenté par la mère et le désir
de celle-ci, c'est-à-dire aussi, nous l'avons indiqué
au passage, quand se révèle et se lève
du même coup, dans la relation au père, quelque
chose de l'énigme du désir maternel qui infiltre
d'emblée la relation de la mère à l'enfant.
C'est au père réel qu'il revient de " traiter
" ce reste inassimilable lié à l'impact
de la sexualité de la femme sur la mère et le
maternage. On peut dire que ce qui est en reste d'intégration
dans la relation primitive à la mère va être
" transféré " dans la relation au
père, produisant, par sa liaison avec les particularités
des réponses du père réel à cette
tâche, à ce transfert, cette formation psychique
que l'on appelle le père " imaginaire ".
Réponses paternelles effectives aux mouvements psychiques
de son enfant, prenant sens sur fond de la fonction symbolique
conférée par sa place au sein de la problématique
du plaisir de la différence, s'articulent alors dans
des formations imaginaires " mixtes " qui sont spécifiques
à chacun. C'est, la plupart du temps, avec elles que
nos psychés se débattent, elles constituent
l'essence du " complexe paternel " qui incarne notre
rapport spécifique à la fonction symbolisante.
Le père imaginaire trouve sa première origine
dans la reprise représentative de l'expérience
subjective des expériences du narcissisme primaire
en trouvée-crée, lorsque celui-ci à été
battu en brèche par la rencontre avec la différence.
Les expériences subjectives narcissiques primaires,
ou plutôt les re-présentations de l'expérience
narcissique maintenant " perdue ", se précipitent
dans la production d'une représentation de l'idéal
d'un autre-sujet qui peut " tout, tout de suite, tout
seul et tout ensemble " : c'est celle que Freud met en
scène dans la figure du " Père de la horde
primitive ".
Le narcissisme primaire se réfugie donc dans cette
figure du père " merveilleux ", merveilleux
parce qu'héritier de l'enfant merveilleux du narcissisme
primaire, héritier de l'émerveillement premier,
parfois aussi parce qu'il " émerveille "
la mère amoureuse. Ce père " idéal
" devra être " tué " progressivement,
fragment par fragment, tué et digéré,
assimilé, pour que l'enfant puis l'adolescent accède
à une représentation de soi différenciée
et limitée, à une reprise interne individualisante,
à une intégration narcissique.
On a beaucoup insisté, à une certaine époque,
sur la figure du père mort, mort selon la Loi ajoutait-on
souvent. On soulignait ainsi la nécessité d'un
dépassement des coordonnées du narcissisme primaire,
et l'accession au monde des limites, celles du père,
celles de l'enfant, celles de tout humain, de l'introjection
d'un " non " adressé à la tyrannie
de la pulsion et de l'identité de perception, à
la nécessité d'un " non " adressée
aux formes extrêmes de la jouissance, à celles
que l'imago maternelle première incarne. Ce qu'on n'a
pas assez dit c'est que cette mort " symbolique ",
cette mort à l'origine de l'instauration des capacités
de symbolisation, à l'origine de l'accession à
l'identité de pensée, résultait tout
autant de l'acte meurtrier fondateur par l'enfant, que de
la capacité du père réel à "
survivre " à celui-ci, pour ouvrir au monde du
plaisir, du simple plaisir, du plaisir de la différence,
du plaisir dans la différence, c'est-à-dire
à la fonction métaphorisante, au travail du
déplacement. Si le père imaginaire doit "
mourir " au nom du père symbolique, le médiateur
privilégié de l'assomption de celui-ci est la
" survivance " opposée par le père
réel, par le père au quotidien, par la survivance
du plaisir du père au quotidien. C'est là que
la fonction du père réel trouve tout son sens,
c'est là qu'elle se définit.
" Survivre " ici doit être entendu au sens
que Winnicott propose de ce concept, c'est-à-dire celui
du respect de l'impératif de maintenir le lien sans
exercer de représailles, ni du côté de
la rétorsion violente, ni du côté du retrait.
Mais survivre n'implique pas de ne pas être " atteint
", au contraire, on ne peut survivre que si l'on est
atteint et non détruit, atteint sans représailles
excessives, sans effets excessifs. L'atteinte et sa marque
témoignent de ce que les enjeux sont bien mis au présent
de la relation, qu'ils sont présents " en vérité
", l'atteinte témoigne de la réalité
de la transformation en cours, transformation de l'autre par
l'atteinte de l'autre, transformation de soi par l'acte symbolique
engagé, transformation du lien de soi à l'autre.
Le père n'est réel que s'il accepte d'être
atteint.
Mais l'atteinte n'est réelle que dans l'espace de la
réalité psychique, ce qui n'est déjà
pas rien, elle est atteinte " symbolique ", elle
touche au vif de l'affect, interroge l'identification là
ou elle rencontre la question de la séparation, de
la différenciation. Si le père est celui grâce
auquel l'on se différencie de la mère, il est
aussi celui dont il faut aussi se différencier, il
est aussi celui qui doit " survivre " au meurtre
symbolique de l'idéal incarné dont il est porteur,
pour que l'on puisse se différencier. L'importance
de cette dialectique de la survivance est d'insister sur le
meurtre engagé dans chaque transformation, sur le meurtre
psychiquement effectif nécessaire à toute transformation
vraie, meurtre du lien ancien et " survivance "
du lien grâce à laquelle la relation peut se
maintenir ou se retrouver, se reconstruire, autre.
Là encore le schéma est idéal, il donne
une épure, un vecteur, il ne se réalise que
rarement, quel père " survit " à l'idéalisation
de l'enfance, quel père " survit " à
la désidéalisation de l'enfance et de la latence,
quel père " survit " au meurtre-critique
de l'adolescence ? Si le père est facteur de limitation,
s'il introduit, par sa place dans la sexualité maternelle,
la limite qui disjoint sexuel infantile et sexuel adulte,
il ne peut lui-même que se donner dans une limite, limite
qui est aussi celle de la paternité, celle de l'identification
constitutive de la paternité, limite qui témoigne
du fait qu'il est aussi marqué du sceau des paramètres
de sa sexualité adulte personnelle. On ne saurait être
que père, on est d'autant plus père qu'on reste
amant, qu'on évince les rivaux, qu'on peut aussi exclure
les enfants, et ne pas " survivre " idéalement.
Il suffit d'être suffisamment bon, et là plus
qu'ailleurs le mieux est l'ennemi du bien, l'idéal
reste infantile, s'y soumettre c'est rester pris dans les
lois de l'enfance.
L'idéal imaginaire premier est en effet structuré
de telle sorte qu'il ne permet pas qu'une " bonne "
issue puisse être trouvé au sein de l'espace
familial qu'il définit comme l'arène de son
exercice. Quand le père réel survit néanmoins
suffisamment au processus meurtrier-critique qu'il encoure
inévitablement comme objet de transfert de l'idéal
narcissique primaire et de ses scories et restes inaccomplis,
non advenu à la représentation, il rend possible
et nécessaire à l'enfant d'aller voir ailleurs.
" Aller voir ailleurs s'il y est " selon la formule
consacrée, nécessité de déplacer
sur la scène sociale, sur celle des groupes sociaux,
ce qui est en reste d'instauration et d'appropriation de la
fonction paternelle et de ses imaginaires associés.
Les représailles minimums, la violence inévitable,
celle sans laquelle l'enfant reste pris dans les rets de ce
qu'il y a d'imaginaire dans l'exercice de la fonction symbolique,
celle sans laquelle on n'accède pas à la réalité
du père, est celle qui envoie chercher ailleurs, qui
envoie travailler ailleurs, dans le groupe social, ce qui
n'a pas été intégré dans la relation
directe aux objets parentaux. Le groupe est l'objet présenté
par le père réel, pour aller symboliser ailleurs,
nécessairement, ce qui ne peut l'être au sein
de l'univers familial.
Le
père et le groupe social.
C'est l'impasse de l'absolutisme narcissique qui impose l'émergence
du père, qui en appelle la place, c'est l'impasse de
la désidéalisation complète du père
qui appelle son transfert sur la scène sociale, qui
impose son déplacement vers le dehors, qui est génératif
de socialisation.
Le groupe, on le sait depuis l'ensemble des travaux de psychanalyse
de groupe, en particulier ceux de l'école française
sous la conduite de D Anzieu et R Kaës, mobilise, ou
plutôt remobilise, la fantasmatique liée à
l'imago maternelle archaïque. S'affronter au groupe social,
s'intégrer dans celui-ci, tenter d'être soi face
au groupe, c'est retrouver, autrement présentée,
la confrontation avec un substitut de la mère de l'origine,
avec l'ensemble des coordonnées de la problématique
première du double, avec la détresse qu'elle
tentait de pallier. Si la confrontation au groupe lui-même
réactive les coordonnées de l'imago maternelle,
la manière dont cette confrontation est gérée
dépend, elle, en large partie, de ce qui a pu être
introjecté de la relation avec le père et de
la place de celui-ci dans l'univers social.
Aussi bien la rencontre avec le groupe, la rencontre de l'enfant
et la rencontre de l'adolescent, est-elle le lieu privilégié
où se mesure l'acquis de la relation au père,
où se mesure ce qui a été introjecté
de l'histoire de la triple rencontre avec le père réel,
imaginaire et symbolique, de ce qui résiste et tient
de ses introjections, de ce qui doit encore être élaboré
pour être, au bout du compte, capable " d'être
seul en face du groupe "(5)
.
C'est pendant la période de latence, que " typiquement
"(6)
, les transactions groupales et leur organisation collective
remettent en chantier l'acquis surmoïque issu de l'introjection
des particularités de l'univers familial, de ce qui
reste d'imaginaire local, idiosyncrasique, dans cette introjection,
de ce qui résulte de la manière particulière
dont le père réel a incarné sa fonction
symboligène. La confrontation avec l'autre, avec le
groupe des autres-mêmes, entraîne alors une série
de transactions conscientes et inconscientes destinées
à établissement de règles sociétales
valables pour tous. Un travail d'épuration s'effectue,
dont l'essence est l'extraction de ce qui, à travers
la manière singulière dont chaque père
réel a " survécu " effectivement à
la dramatisation familiale de l'dipe, définit
le Père et peut être instauré en règle
au-delà des particularités de chacun.
Le surmoi doit se départiculariser, prendre la mesure
d'une capacité suffisante de conformité pour
l'intégration, pour apprendre à n'être
qu'un parmi les autres. Le groupe de la latence interroge
avant tout l'apprentissage de la conformité culturelle
et surmoïque dans le traitement du rapport au groupe
et de la fantasmatique narcissique et objectale qu'il implique.
La singularité de chacun doit s'estomper derrière
la conquête d'une identité et d'une affiliation
groupale et déjà sociétale. Aussi bien,
c'est sur la manière dont le père est lui-même
intégré socialement dans le groupe de référence,
que les appuis majeurs seront cherchés dans cette tâche.
Comme toujours avant de pouvoir se montrer différent,
s'assurer d'abord de sa capacité à être
même, s'assurer de la fonction " double "
de l'autre, s'assurer des bases de l'empathie, mettre en place
le plus petit commun dénominateur qui affilie et permet
la reconnaissance par l'autre soi-même.
Ce n'est que pendant l'adolescence, sur ce fond, et avec la
question renouvelée du sexuel et du couple
(7), renouvelée par un dipe rencontrant
le groupe, se transférant sur lui, que la question
de l'originalité et de la créativité
face au groupe pourra être reprise de front.
Au début de l'adolescence, l'appui sur le groupe, l'introjection
des acquis qui en résulte, rend possible une série
d'affrontement avec le père, rend possible de "
paraître seul en face du père " selon la
formule de Freud (8).
Celui qui " paraît seul en face du père
", se présente au nom de ses identifications groupales,
au nom des conformités acquises avec le groupe. Il
dénonce " face " au père l'abus du
père, il dénonce face au père, et au
nom de la loi du père, de la loi sociale, l'abus du
père. Il y a toujours " abus " du père,
que ce soit du père réel, du père symbolique
ou de sa forme imaginaire, toujours abus du père lié
aux points de passion de celui-ci, lié à la
manière dont pointe, dans la relation manifeste qu'il
entretient avec l'autre, la façon dont il exerce sa
combinatoire personnelle de sexuel adulte et infantile, son
articulation spécifique de la sexualité infantile
au sein de la sexualité adulte, ses compromis de vie.
Là encore il faudra que le père réel
" survive " pendant un temps, survive et s'explique.
Le père dit " démissionnaire " est
celui qui ne survit pas, celui avec lequel on ne peut pas
" s'expliquer ", celui qui se retire ou exerce des
représailles violentes, physiquement ou symboliquement,
contre toute tentative d'explication et de meurtre-critique.
L'enjeu est ici que cette rencontre avec le père puisse
creuser un écart suffisant avec ce qui, dans la conformité
de groupe dans laquelle l'adolescent(e) reste pris, n'est
qu'une nouvelle forme de l'imago maternelle archaïque,
pour que l'adolescent(e) puisse alors, à son tour,
" paraître seul(e) face au groupe ", condition
de l'accès à une véritable " psychologie
individuelle " (Freud 1921). Expliquons-nous à
notre tour.
Quand l'adolescent(e) s'affronte à son père,
il le fait " soutenu " fantasmatiquement par le
groupe, et au-delà de celui-ci, par les formes de l'imago
maternelle archaïque qui y sont encore transférées.
L'affrontement a lieu au nom des manques du père à
sa fonction parentale, au nom de ce qui du père porte
la marque de ses passions adultes, ce que F Fornari a appelé
le " mouvement révolutionnaire " de l'adolescence,
dans lequel le père est interpellé au nom de
la loi du père. Mais il puise son énergie dans
une forme de l'idéal qui reste empreinte de ce qui
est encore pris dans la gangue des identifications narcissiques
premières relayées par le groupe des pairs.
L'enjeu symbolique de cet affrontement est donc de départager
ce qui est bon à reconnaître des " solutions
de vie " paternelles singulières, originales,
qui lui sont spécifiques, ce qui l'individualise et
signe sa créativité personnelle face aux aléas
de son histoire, et ce qui signale l'échec de son assomption
et de son dépassement de ces mêmes aléas.
Générativité individuelle et scories
du travail d'appropriation subjective tracent une ligne de
départage qui spécifie la réalité
d'une histoire de vie, celle qui constitue le père
comme père réel au-delà de toute fonction
paternelle imaginaire ou symbolique. Cependant, à l'arrière-plan
fantasmatique de cette rencontre et de cette " explication
" ou cette explicitation, ce qui engage de front la question
de sa générativité, se profile toujours
la question de la place du père dans le couple, dans
son couple, du rapport singulier du père à la
femme, et à ses différentes figures, amante,
mère, épouse, c'est-à-dire ce qui spécifie
le sexuel adulte dit " génital ", ce qui
spécifie la réorganisation du sexuel sous le
primat d'une sexualité comportant l'orgasme comme but
pulsionnel potentiel, mais aussi marqué de la limite
qui lui est inhérente. Le sexuel adulte idéal
n'existe pas, par essence.
Le père se découvre alors comme homme, individu,
au-delà de l'imaginaire des idéalisations et
des dépréciations inhérentes aux figures
emblématisées du Père. Il peut devenir
" un père ", " mon père ",
père réel et géniteur de soi, c'est-à-dire
simple individu marqué du sceau du sexuel, et non plus
représentant d'une catégorie conceptuelle à
la hauteur de laquelle il n'a pu se hausser.
La fonction de ses " explications " à l'adolescence
est de permettre une " psychodramatisation " agie,
à travers les acteurs principaux, des rapports de l'individu
au groupe. Si l'appui sur le groupe, le rapport au groupe,
rapport alors intériorisé, est sous-jacent à
la position de l'adolescent(e), c'est aussi lui qui s'affronte
et se travaille à travers la confrontation à
la présentation adolescente du père, c'est aussi
ce qu'il comporte d'idéalisation infantile maintenue
qui se remet en chantier, qui petit à petit peut trouver
matière à être dépassé grâce
aux modalités de la " survivance " paternelle.
L'enjeu, on le pressent maintenant de plus en plus au fil
de mon développement, tient alors dans l'éprouvé
et la mesure de ce en quoi le père est " bon "
à dépasser dans les aléas de ses solutions
personnelles, et là où il ne peut être
dépassé dans l'inévitable rencontre avec
la limite de toute solution personnelle.
C'est en appui sur cette " découverte " et
son acceptation, que l'adolescent dépasse la "
métapsychologie " du père, qu'il peut accéder,
alors, à la " psychologie individuelle ",
qu'il peut à son tour, en identification sur les traits
singuliers et les limites ainsi rencontrées, "
paraître seul face au groupe " dépasser
l'idéalisation et soutenir les particularités
de ses solutions de vie propres, accéder à son
tour à la capacité de soutenir le poids d'une
sexualité adulte, individuelle, et individualisée,
singulière, face aux groupes et à leur pression
de conformité.
Tout sera alors en place pour qu'il puisse alors commencer
à être père à son tour.
1
- Cf R. Roussillon, " Séduction et altérité
interne ", Revue Française de Psychanalyse, N°
, 199 , PUF.
2 - Sur ces points cf. B Cyrulnik, " La naissance du
père " in " La naissance du sens ",
Point, Seuil.
3 - Je préfère le couple sexualité infantile/sexualité
adulte qui me paraît moins ambigu et plus heuristique
métapsychologiquement, que le couple prégénital/génital,
il y a une " prégénitalité "
marquée du sceau des paramètres de la sexualité
orgasmique de l'adulte, comme il y a une génitalité
sous le primat des organisateurs de la sexualité infantile..
4 - Pour des compléments sur ces points cf. R Roussillon,
" Le rôle charnière de l'angoisse de castration
", in Le mal être, Puf.
5 - CfRoussillon, 1999, " La capacité d'être
seul face au groupe ", Rev Franç de Psychanl,
PUF.
6 - CfRoussillon, 1995, " La départicularisation
du surmoi à la latence ", In Privat et coll.,
Érés.
7 - Pour un développement de ces points, cf. R Roussillon,
2000, " Les enjeux de la symbolisation à l'adolescence
" in Adolescence, N° spécial, Congrès
de L'ISAP 1999.
8 - CfRoussillon, 1999, op cité.
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